Un nouveau programme de chirurgie robotique a été lancé jeudi à Casablanca, parallèlement à la réalisation des premières interventions chirurgicales à l’aide d’une plateforme robotisée de quatrième génération, marquant une nouvelle étape dans l’intégration des technologies médicales avancées au sein des établissements de santé au Maroc.
Présenté lors d’une rencontre scientifique organisée par l’établissement de santé Mekka, ce programme repose sur l’utilisation de la plateforme « da Vinci Xi », l’un des systèmes de chirurgie robotique les plus récents. L’événement a réuni des spécialistes en chirurgie générale, en urologie et en gynécologie, ainsi que des experts du secteur de la santé et des représentants des médias.
Selon les responsables de l’établissement, il s’agit du premier établissement privé au Maroc à intégrer une plateforme robotique chirurgicale de quatrième génération. Le programme ne se limite toutefois pas à l’acquisition d’un équipement de haute technologie : il s’appuie sur une organisation multidisciplinaire associant des équipes médicales et paramédicales formées, ainsi qu’un parcours de soins couvrant les différentes étapes de la prise en charge du patient.
Le directeur médical de l’établissement, le Dr Mustapha Detsouli, a indiqué que cette technologie vise à élargir l’accès des patients aux techniques chirurgicales de pointe, notamment dans la prise en charge de pathologies complexes. Il a insisté sur le fait que le robot ne remplace pas le chirurgien, mais constitue un outil d’assistance permettant d’exécuter les gestes opératoires avec une précision accrue grâce à une vision tridimensionnelle haute définition, des instruments articulés et un système de filtration des tremblements.
Il a également souligné que la réussite d’un programme de chirurgie robotique repose avant tout sur les compétences des équipes médicales, la formation continue et le travail pluridisciplinaire, estimant que l’innovation technologique demeure au service de l’expertise humaine.
Au cours de la rencontre, les spécialistes ont retracé l’évolution des techniques chirurgicales, depuis la chirurgie ouverte jusqu’à la chirurgie mini-invasive, avant d’aborder l’apport de la chirurgie robotique dans plusieurs disciplines. Ils ont expliqué que cette technologie offre une meilleure visualisation du champ opératoire, une plus grande liberté de mouvement des instruments et une précision accrue lors des interventions complexes.
Les intervenants ont également évoqué les résultats de plusieurs études internationales montrant que, chez les patients éligibles, la chirurgie robotique peut contribuer à réduire la taille des incisions, les pertes sanguines, les complications postopératoires et la durée d’hospitalisation, tout en favorisant une récupération plus rapide. Certaines études font également état d’une amélioration des résultats fonctionnels dans la chirurgie du cancer de la prostate.
La rencontre a par ailleurs mis en perspective ces avancées avec les enjeux liés à la prise en charge des maladies complexes, notamment les cancers. Citant les données du Global Cancer Observatory (GLOBOCAN 2022), les intervenants ont rappelé que le Maroc enregistre près de 63.609 nouveaux cas de cancer par an, pour 36.947 décès, tandis que plus de 154.884 personnes vivent avec un diagnostic de cancer dans les cinq années suivant leur prise en charge. Selon eux, ces données soulignent l’intérêt de poursuivre les investissements dans les technologies médicales innovantes afin d’améliorer les résultats thérapeutiques.
Les experts ont également rappelé que la plateforme da Vinci bénéficie d’un recul clinique de près de trente ans. Plus de 10.700 systèmes sont aujourd’hui installés dans le monde, plus de 20 millions de patients ont été opérés grâce à cette technologie, plus de 3,1 millions d’interventions ont été réalisées en 2025, et près de 90.000 chirurgiens ont été formés à son utilisation.
Sur le plan clinique, l’équipe médicale a présenté les résultats des deux premières interventions réalisées dans le cadre du nouveau programme. La première concernait une patiente de 84 ans opérée pour un moignon vésiculaire, sortie de l’établissement dès le lendemain de l’intervention. La seconde portait sur le traitement d’une éventration post-opératoire ; le patient a quitté la clinique deux jours après l’opération, selon les informations communiquées lors de la rencontre.
Les responsables du programme ont indiqué que ces premières interventions constituent le point de départ d’un déploiement progressif de la chirurgie robotique vers d’autres spécialités, notamment dans le traitement de certaines pathologies complexes et de plusieurs cancers, dans le respect des protocoles médicaux et d’une sélection rigoureuse des patients.
À l’issue de la rencontre, les intervenants ont souligné que l’essor de la chirurgie robotique s’inscrit dans le mouvement de modernisation de l’offre de soins, tout en rappelant que cette technologie demeure un outil au service du chirurgien, qui conserve l’entière responsabilité des décisions médicales et des actes opératoires.
